Pour être honnête, je ne comprend pas mon anniversaire.
Je sais à quoi il correspond, et il existe même un document fondateur de mon identité fruit de l'observation de mon arrivée sur cette planète un jour donné.
Je saisi tout ca.
Ce que je ne comprend pas c'est l'irrépressible désir social de me féliciter chaque année pour n'avoir rien fait d'autre que d'être ici bas 365 jours de plus. Pas plus que je ne comprend l'importance de savoir la date exacte.
Non vraiment, je ne comprend pas.
Une seule exception : ma famille. Des gens qui ont un souvenir tangible de ces instants qui se sont inscrit dans leur propre cheminement sur Terre.
Alors pour voir, et aidé par la traversée d'un océan, j'ai essayé de ne plus avoir d'anniversaire. J'ai pu observer une palette de réaction des plus colorée : le sentiment de rejet, l'incompréhension, l'obstination à savoir. On a tenté de me piéger, on a fouillé, on a insisté, on a boudé, on a moqué.
Bref, une conclusion s'impose : c'est impossible de ne pas avoir d'anniversaire.
A ce stade, il me semble utile de préciser que je ne suis pas hermétique au concept de célébration. D'une part, mon calendrier est empli de dates significatives de mon histoire personnelle. Et d'ailleurs au risque d'étonner je crois même déceler une certaine obsession chez moi à ce niveau là. D'autre part, je réalise vraiment la chance que j'ai de pouvoir être sûr que j'ai bel et bien débarqué ce jour là, à cette heure là, à cet endroit là.
C'est juste que je ne considère pas l'aléa de ma venue au monde comme suffisamment significatif pour mériter tant de battage.
Non vraiment, je ne comprend pas.
Alors avant de ployer et révéler au grand jour LA date, et aidé par la traversée d'un océan (ironiquement mon anniversaire est souvent férié ici), j'ai pris soin d'y accoler une autre signification.
Ainsi, nous pourrons célébrer ce jour où je me suis présenté à la frontière du Canada, ce beau pays, et ai prononcé ces mots : "Je souhaite immigrer ici".
C'était un 18 mai.